From Ernesto to Angela - Marc Perrin
 [en écho à, à et à]

 

et c’est d’Heiner Müller la phrase une fois encore s’enroulant se déroulant car le beau veut dire la fin possible de l’effroi

et c’est amour et courage désir et joie et politique de Spinoza la phrase enroulée déroulée nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels

c’est de relire ici les mots écrits non sans conséquences aussi infimes soient-elles aussi infinies soient-elles images & mots & gestes se produisant dans ce que faire demande → dans → une espèce de compréhension par les actes éprouvant le cœur même de la production c’est-à-dire → poésie amour désir politique joie courage les formes de l’action ne viennent que par la nécessité de l’acte → aucune → phrase parfaite → aucune → vérité → aucun → geste achevé → et → mais → des fois c’est bon et puis des fois c’est

bon c’est encore une fois ni de bien ni de mal mais avec et bon et mauvais + considérations attentives à l’égard du rapport effort / plaisir qui peut nous être de quelque utilité pour accompagner notre mouvement nos mouvements et fortifier le courage & poésie d’amour & désir politique & joie et

c’est de lire les mots de certaines images que ma voix n’a jamais vues et de réactualiser quelques flux de parole affirmant ânonnant tâtonnant avançant une fois encore lyrique + matérialité du souffle = constance dans l’effort → conatus → persévérer → dans son être ou que sais-je affirmant → ânonnant → tâtonnant → avançant il existe une multitude disons une multitude de fils tendus dans l'univers reliant une multitude de points entre eux → disons → une multitude de fils tendus à travers le monde reliant entre eux une multitude de lieux et de corps → disons → une multitude de fils tendus dans chaque corps reliant entre elles une multitude de particules et → disons que la parole a lieu lorsqu'un certain nombre de ces fils tendus se frottent et entrent en vibration de manière à produire une chaleur qui se transforme en feu → disons → que les corps sont des lieux à l'intérieur desquels s'animent les particules disons que les corps sont des particules dont l'incessante activité modifie les lieux dans lesquels ils vivent disons que les lieux sont définis par la manière qu'ils ont → 1. d'accueillir des corps → 2. de se laisser modifier par eux → disons → que la parole est un corps impalpable que certains lieux accueillent disons que la parole est un lieu dans le temps que certains corps accueillent → disons → que la parole est modifiée par les corps et par les lieux qui l'accueillent en même temps qu'elle les modifie disons que les corps modifient les lieux disons que les lieux modifient les corps et disons que la parole est un corps et un lieu modifiant sans cesse les lieux et les corps → disons → disons que l'ensemble des corps modifiant sans cesse les lieux et que l'ensemble des lieux modifiant sans cesse les corps participent à la vie d'un monde sans cesse en reconstitution → disons que l'ensemble des mondes sans cesse en reconstitution s'ouvre sur l'univers disons que les particules sont des étoiles disons que les particules sont des atomes et maintenant traçons chacun dans l'espace un certain nombre de fils tendus entre un certain nombre de points et soyons très attentifs → aux frottements → entre les fils tendus → soyons très attentifs → à la vibration produite par ces frottements → la vie → de l'univers passe par cette vibration la vie de l'univers → passe par nos corps attentifs à cette vibration de fils tendus que chacun nous traçons → entre particules et corps et lieux et mondes → la vie → la vie de l'univers se déploie en nous par → l'attention que nous portons à la multitude des fils tendus → que chacun → nous tissons → la vie de l'univers se déploie en nous par l'attention que nous portons à la vibration produite par les fils tendus lorsqu'ils se frottent entre eux → cette vibration → lorsqu'elle a lieu produit à la fois un son et une chaleur la vie de l'univers se déploie pleinement en nous par l'accélération de cette vibration → car → si la vibration produit du son et de la chaleur l'accélération change la chaleur en feu et le son en parole → une → parole → constituée par un ensemble de fils tendus dont les frottements entre eux créent une vibration par laquelle un feu prend et se répand une → parole → passant par un corps et rejoignant une multitude d'autres corps → une → parole → traversant les corps mais ne s'y arrêtant pas → une → parole comme un mouvement incandescent à travers l'espace une parole comme un mouvement incandescent à travers le temps une parole comme une matière impalpable qui sonne le réveil → une parole comme une matière impalpable devenant palpable → une parole comme une matière en mouvement qui parcourt l'espace une parole comme une matière en mouvement qui pénètre l'espace → une parole comme une matière en mouvement qui parcourt et pénètre le temps une parole comme une matière qui se détache d'un corps une → parole → comme une matière qui traverse un corps une parole comme une matière qui devient un corps une → parole → comme un corps qui pénètre une multitude d'autres corps une parole comme un corps qui traverse les corps mais ne s'y arrête pas → une → parole → comme une matière qui se consume une parole en feu comme une parole en feu nécessaire au passage du temps → une → parole en feu nécessaire au passage d'un corps une parole en feu qui réanime les corps une parole en feu qui les attise une parole en feu qui en fait des aimants vibrant une → parole en feu qui donne aux corps ce qu'ils ne connaissent pas sans elle une parole en feu comme un corps en même temps entre et dans les corps une parole en feu comme un corps en feu une parole en feu comme un corps en feu une parole en feu comme un corps en feu s'approchant d'autres corps en feu → une → parole en feu comme un corps en feu une parole en feu comme un corps en feu s'approchant d'un autre corps en feu une parole en feu comme deux corps en feu → une → parole en feu comme deux corps en feu qui se touchent → et → maintenant → si ton corps est en feu c'est que tu t'approches d'un nouveau lieu si ton corps est en feu c'est que tu t'approches d'un autre lieu en feu si ton corps est en feu chaque lieu que tu approches prend feu → si à ton corps est en feu chaque lieu que tu approches est un nouveau foyer qui s'allume si ton corps est en feu le feu qui le consume consume toutes les vieilles matières → si → ton corps est en feu le feu qui le consume éclaire un nouveau corps si ton corps est en feu tu es un nouveau corps → si → ton corps est en feu tu es en train de naître si ton corps est en feu tu es → en train de quitter un corps en train d'en accueillir un autre si ton corps est en feu → tu → brûles avec le corps ancien si ton corps est en feu tu brûles dans la vieille maison et → avec → toi → brûlent tous les corps anciens si ton corps est en feu tu gardes la mémoire si ton corps est en feu tu es le cœur d'un nouveau foyer si → ton corps → est en feu tu traces un récit flambant neuf chauffé aux flammes de l'incendie des vieilles matières → si → ton corps est en feu tu transformes perpétuel en éternel si ton corps est en feu tu es l'impossible fil tendu par son incandescence vivant → en chaque point de l'espace où une naissance a lieu si ton corps est en feu je fais le récit de la vibration → émise → par le frottement des fils tendus à l'intérieur des corps par le frottement des fils tendus entre les corps je fais le récit depuis chaque lieu comme → depuis → autant de corps reliant les fils tendus entre eux dans l'espace et dont les frottements émettent des vibrations → je → fais le récit depuis chacun des corps comme depuis autant de lieux s'apprêtant à accueillir le feu → et → maintenant → disons que la parole ne nous traverse pas sans qu'une certaine violence nous affecte → disons → que la parole est le récit même de cet affect → et → disons → que la parole fait le récit de cette violence par laquelle un corps s'avance dans ce qui n'a pas jamais été dit → alors → disons que la parole troue le silence et modifie l'univers disons que le trou qu'elle fore dans le silence participe à former une image qui n'avait encore jamais été vue → disons → que la parole est le lieu de ce qui ne se laisse pas prévoir disons que la parole est un corps par lequel certaines images affluent → disons → que la parole tremble avec les temps imprévus disons que la parole forme des images par lesquelles elle rejoint le regard disons → que la parole → forme des images dans le feu disons que la parole forme des images → là où → le regard sans elle ne sait pas voir → disons → que la parole forme des images là où le regard sans elle se noie dans les larmes en répétant je ne comprends pas → disons → que la parole est un temps par lequel un corps se détache du je ne comprends pas → disons → que la parole se déploie dans ce qu'elle ne sait pas encore dire et parce qu'elle s'y déploie une jouissance en elle chante à tue-tête je ne sais pas mais j'y suis → et → maintenant → disons que si des larmes viennent encore à couler disons que ce sont des larmes qui pleurent le foyer premier le premier feu impossible à connaître sans la parole disons → que si des larmes viennent encore à couler ce sont des larmes qui pleurent après la consolation d'avoir connu la parole après le premier feu → si → des larmes viennent encore à couler ce sont des larmes en un certain sens qui pleurent l'innocence qui ne vieillit pas → un corps en feu ne pleure pas → un corps en feu se détache de l'innocence → un corps en feu ne vieillit pas → il brûle → et

c’est d’une lutte contre tout stade final contre toute idée tordant le réel pour son règne d’idée c’est → de la compréhension du pouvoir insatiable des images et de la nécessité de la lutte c’est → de la mise en regard de mots tel que adulte qui a grandi avec adolescents qui est en train de / grandir et de la tension de l’un à l’autre qui demande vigueur ou et apaisement → c’est → de ce changement de ta voix et de ton corps et de ton être en cette période instable c’est → de cette voix qui devient plus grave puis de ce geste léger je pense que les femmes ont des gestes plus longs, elles vont plus loin dans l’air, c’est comme ça qu’elles volent c’est → de la guerre à la perfection et à l’image seule et parfaite et arrêtée = morte et maintenant → c'est de remplacer le mot image par ce qu’il te semble nécessaire de produire par le commun → c’est → d’une fracture et d’un inaudible je veux être entendu veux être entendue nous voulons → être entendues et entendus c’est de la clarté d’un passage et d’une affirmation → c’est → de la réalité qui fait que rien ne peut cacher ce passage vas-y → définis → ce passage → c’est → par la voix de l’enfant c’est par la voix de l’être sans parole et de la nécessité de → cette parole c’est → de la formation de cette parole c’est de la joie liée au bouleversement d’une vie par l’énonciation et par l’acte c’est de la joie liée à l’affirmation c’est → du changement de la voix et de la prise de parole et du geste c’est → donner à la vie

c’est une gare tgv grande vitesse les trains s’y arrêtent sur le quai c’est une robe transparente et l’indécence et ou le délice ou et la naissance d’un

amour c’est un enfant qui demande à mourir dans les corps pétris par la peur et dans les corps mus par la joie c’est un enfant qui demande à vivre c’est → à l’enfant la fidélité que nous lui accordons c’est l’émotion dans la tension fidélité / trahison c’est la chrysalide une cigale dans le jardin de → x → x → x → à → z → z → z  → c’est → une abbayah ouverte sur le ventre et les cuisses et le sexe dans l’air brûlant de l’été c’est dans le jardin de → devant → la maison → sur le quai → la transparence légèreté d’un tissu plus fin ce n’est pas possible plus fin tu es nue c’est une chambre c’est → ce que nous n’avons pas connu c’est faire et défaire l’enfant c’est former déformer un corps à le grandir à l’agrandir à grandir avec → c’est → ta voix qui n’a que trop connu les inclinaisons aux graves c’est la transformation en adulte imparfait c’est → pour la reproduction de l’espèce le savoir n’est rien face à la réalité même de l’expérience des corps en train de vivre et comprendre c’est

celle celui & celles & ceux à qui ces mots sont adressés → un garçon → jeune prince quelconque → une princesse → fille jeune femme c’est → quelques flammèches → tissées par l’entrelacement de quelques mots ce sont → phrases ou et jeunes filles et mots ou et garçons et ou femmes et ou princes et princesses en même temps → tresses → de leurs cheveux → se défaisant → tresses de leurs cheveux écrivant la partition d’un chant → ce sont → les sirènes et la nécessité d’un corps inédit → singulier → pluriel → masculin féminin ce sont → les phrases du jeune garçon quand il cherche à savoir qui elles sont → ce sont → les pensées qui s’entrelacent quand il les sent en mouvement quand il se sent à l’approche d’un corps c’est → l’approche d’un corps → ce sont → les pensées qui s’entrelacent quand il sent qu’elles sont dans le mouvement d’une parole vers → quelque chose → comme la formation d’un corps c’est → princesse prince ne désigne jamais personne que celle celui qui veut prendre la place en premier → c’est → ce sont → rivales rivaux ne sont jamais loin princesse prince ne signifie rien que la bête → première → ensemble de pensées et d’actions à l’approche d’un corps désiré ce sont → les phrases d’une bête quelconque les phrases en elle qui se forment lorsqu'elles animent actions et pensées de l’approche → ce sont → simultanément les gestes et les phrases = actions et pensées nécessaires à tout corps pour qu’il prenne place → ce sont → les phrases en lui qui se forment quand elles sont nécessaires à la mécanique → d’un corps en action → ce sont → jeunes filles femmes phrases mots jeunes garçons en approche → tous → bientôt → n’ayant plus accès à rien de la mémoire qui les renseignait sur ce que fut leur innocence et ou leur virginité ou et leur enfance → oui, où est-elle → ce sont  → les phrases en lui les phrases en elle au dehors d’elle et de lui les gestes se formant dans la durée → par laquelle → devenant femmes se produit pour les jeunes filles un adieu à quel pluriel commun je ne comprends pas ce que tu dis mais je ne pars pas en courant c’est → l’instant par lequel muqueuses devenues épaisses éclairent ou aveuglent l’instant où tu me vois perdre ma voix d’enfant → chacune → singulière → singulier → chacun → tandis des nouveaux corps sont en formation l’énonciation devient possible → voix & gestes → énonciation de ce que le désir produit en chacun de nos corps se formant → instant → et → ou → durée → où → chacune chacun oubliant peu à peu ce que furent nos corps d’enfance ou d’enfant → chacune chacun cheminant vers cet autre fut-il bête quelconque → il → ou → elle → est désirable c’est

→ ce sont → chère angela → encore un ou deux efforts avant l'émancipation → avec tout mon amour → ernesto,

 

 

Marc Perrin - Nantes - 30 Décembre 2012
 [en écho à]

Install flash.

 

Avec la participation de Marc Têtedoie et Arnaud Van Audenhove.

 

Elise Lerat - Nantes - 30 Décembre 2012
Graphomanie - Marie Boissel
 [en écho à]
Marie Boissel - Nantes - 27 Novembre 2012
Documents - Soirée Ce qui secret - 24 mai 2012 à Nantes [8] - Ce qui secret 24 mai 2012
 [en écho à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à et à] [un écho ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici]

À l'invitation de la Maison de la poésie de Nantes et du Pannonica --- Avec Heddy Boubaker, Bruno Fern, Geneviève Foccroulle, Pauline Gélédan, Marta Jonville, Marc Perrin, Gwenaëlle Rébillard, Jean-Marc Savic --- Soirée Ce qui secret --- Nantes, le 24 mai 2012, au Pannonica --- Documents --- Photographies Arnaud Monfort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Documents - Soirée Ce qui secret - 24 mai 2012 à Nantes [10] - Ce qui secret 24 mai 2012
 [en écho à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à et à] [un écho ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici]

À l'invitation de la Maison de la poésie de Nantes et du Pannonica --- Avec Heddy Boubaker, Bruno Fern, Geneviève Foccroulle, Pauline Gélédan, Marta Jonville, Marc Perrin, Gwenaëlle Rébillard, Jean-Marc Savic --- Soirée Ce qui secret --- Nantes, le 24 mai 2012, au Pannonica --- Documents --- Photographies Arnaud Monfort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Documents - Soirée Ce qui secret - 24 mai 2012 à Nantes [9] - Ce qui secret 24 mai 2012
 [en écho à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à et à] [un écho ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici]

À l'invitation de la Maison de la poésie de Nantes et du Pannonica --- Avec Heddy Boubaker, Bruno Fern, Geneviève Foccroulle, Pauline Gélédan, Marta Jonville, Marc Perrin, Gwenaëlle Rébillard, Jean-Marc Savic --- Soirée Ce qui secret --- Nantes, le 24 mai 2012, au Pannonica --- Documents --- Photographies Arnaud Monfort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Documents - Soirée Ce qui secret - 24 mai 2012 à Nantes [7] - Ce qui secret 24 mai 2012
 [en écho à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à et à] [un écho ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici]

À l'invitation de la Maison de la poésie de Nantes et du Pannonica --- Avec Heddy Boubaker, Bruno Fern, Geneviève Foccroulle, Pauline Gélédan, Marta Jonville, Marc Perrin, Gwenaëlle Rébillard, Jean-Marc Savic --- Soirée Ce qui secret --- Nantes, le 24 mai 2012, au Pannonica --- Documents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 [en écho à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à et à] [un écho ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici]

 

 

Install flash.

 

 

 

Non mais oui - Pat Gabor
 [en écho à]

Pat Gabor - Nantes - 27 Juin 2012
 [en écho à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à, à et à] [un écho ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici, et ici]

 

 

Elle aimait à lui entendre chanter les bardits qui passaient comme la caverne de génération en génération dans cette famille, et auxquels s'ajoutaient parfois des strophes nouvelles, quand un barde nouveau y naissait à travers les âges.

(Louise Michel, La Misère, 1882)


 

 


1 – Mesdames, Messieurs, votre attention, s’il vous plaît :

on signale la disparition de l’auteur.

Elle ne date pas d’hier mais au moins de 1897

élocutoire, comme on disait à l’époque.

Aboli blackboulé disqualifié ou mort.

 

(Va savoir.)

 

 

2 - Une partie de ses lecteurs s’inquiète,

voulant à tout prix séparer le grain de lui vrai

(ou supposé tel),

recherchant sans cesse des anecdotes, des indices :

si quand il était jeune il avait déjà tendance à se tenir en retrait dans les mots, dans un carnet de quel format de quelle couleur acheté où et à quel prix sous quelle latitude, etc.

En fait, le scénario est impurement fictif, comme si l’initiative était laissée aux mots.

 

(Une autre partie s’en fout éperdument.)

 

 

3 – Pourtant, il était là il y a quelques phrases puis d’un coup pfuit, il fait sa référence et puis s’en va.

On se réveille et plus personne à l’horizon à percer seul le mystère reste

entier – et encore faudrait voir.

La plupart des témoignages sont concordants, c’est-à-dire qu’ils se recoupent dans les faits les lignes grandes ou pas.

 

(Dans ces cas-là, mieux vaut lire entre.)

 

 

4 - A-t-il été victime d’un rôdeur textuel

ou s’en est-il allé errant par erreur perdu dans le brouillage

ou bien ne voulant plus figurer comme sujet d’énonciation / d’identification / d’étude pour section littéraire ?

En somme, s’est-il ôté lui-même sabotant son phrasé s’opérant de la poésie avec ou sans anesthésie ayant sauté en dehors du fameux rang ?

 

(L’hypothèse d’une fugue n’est donc pas à écarter à l’heure où nous parlons.)

 

 

5 - A-t-il disparu sur le front et à la barbe de qui est parfaitement reconnaissable sur la photo de 1916 à sa tête
bandée son
œil tou
jours vif ?

 

(Le voici devant vous un homme plein d’absence.)

 

 

6 - De quelle hauteur il est tombé c’est aussi à déterminer.

La reconstitution (de texte) est en cours,

les analyses finiront bien un jour par le coincer entre deux paragraphes.

 

(Du moins si l’on en croit les experts.)

 

 

7 –  À beau lire finit par
s’absenter sans motif
apparent abrégé
par filer dans le vide
loin de tout absolu
en lettres et le nez en
trompette ni tambour c’est
qui qui bafouillant
la bouche bée sa syntaxe
incognito qu’il dit
à s’en crever le nom
bril les yeux sur sa bio
psie à en perdre jusqu’aux
plumes aux os à plus soi
faut dire qu’il y a de ça
rime à rien de frimer
abstenu à distance
passé à la découpe
on dirait qu’c’est fait pour
compter ses abattis
1, 2, 3, 4, 5, 6,
pour cueillir des cerises
plus becquetées que dés
à coudre ou à lancer
toute pensée en émet
dans l’espace c’est connu
en rajoute mot à mot
au passage tout en ju
tant qu’il peut énoncer
signifie produire* la
production décline toute
responsabilité
mais qui finalement l’é
coute la peau et le reste
c’est à voir

 

(à suivre)

 

 

8 – D’ailleurs, aucune piste n’est exclue par les enquêteurs.
En fait, il s’agit peut-être d’une simple oscillation de l’un à l’autre, d’un entre-deux, d’un

battement de paupières à travers les nombreux substituts pronominaux à la place et en lieu (du crime où revenant) qui n’aura eu lieu que lui-même.

 

(Se passe de commentaires.)

 

 

9 – Impersonnel qu’il est qu’il soutient se neutralise mordicus,

ayant cependant laissé des traces ici ou là car l’ayant dans le blanc le baba,

ne pouvant en sortir malgré tous ses efforts pour disparaître de l’être l’étant jusqu’aux oreilles 24 h / 24,

son odeur imprégnée dans la moindre syllabe.

 

(Pas besoin de tests ADN pour se rendre compte de ça.)

 

 

10 - Si vous le retrouvez, veuillez le ramener :

- à la caisse centrale

- à la table des négociations

- au point de vente le plus proche de votre domicile

- à la thématique choisie cette année par les organisateurs

- bref, à la raison et si possible dans l’état, c’est-à-dire dans le texte où vous l’avez pris.

 

(Merci.)

 

 

 

 

 

 

 

*Mallarmé  

 

 

 

 

 

 

 

[Dix parus a été écrit à l'occasion de la soirée Ce qui secret du 24 mai 2012 - Nantes - Maison de la Poésie, Pannonnica]

 

 

 

 

 

 

 

Pages