En Europe, aujourd'hui - Gilles Weinzaepflen
 [en écho à]

 

1.

En Europe aujourd'hui tout le monde a un corps
Cela n'a pas toujours été le cas
Il n'y a pas si longtemps
Certains en Europe manquaient de corps
On ne les voyait pas à la lumière du jour
Ils entraient en transparence
Parfois on pouvait croiser
Un Européen de sa connaissance
Sans le reconnaître
On disait j'ai senti quelque chose comme
L'air qui circule entre deux fenêtres ouvertes
D'un bout à l'autre de l'appartement
Et moi au milieu avec mon corps

Aujourd'hui l'Europe est à tous 
Chacun possède une place et un corps pour l'habiter
Les noms de Dieu y cohabitent très bien ensemble
Le tueur d'Oslo n'aura pas le dernier mot
Partout dans le monde Dieu est issu de la même origine
Lui-même est sa propre origine
Il parle toute langue porte tout vêtement
Mini-jupe ou voile intégral
Survet jean troué djellabah ou costume
Continent boubou tunique d'une seule pièce
Mais nous avons-nous l'esprit de corps
L'Europe n'est-ce pas une maison de couture
Qui défait les coutures

 

 

2.

Une nouvelle ville une capitale manquante
La capitale de l'Europe bâtie quelque part
Dans une campagne quelconque
Une ville de plus d'un million d'habitants
Des immeubles habités des rues animées
Des voies rapides un centre historique
Un faux centre historique
On l'appelle Eurocity ou bien Euroville
Europe-town ou Eurotown
C'est au bord de la mer en plaine ou bien en altitude
Avec un calendrier pour les piétons
Pour aller à la piscine vous prenez
La place du 12 juillet 1926
Vous suivez l'allée du 4 mars 1958
Vous remontez l'avenue du 26 décembre 1832
À votre gauche vous verrez une statue
C'est là que part le boulevard du 2 juillet 1947
Ensuite c'est tout droit 
Le bonnet de bain est obligatoire

 

 

3.

Le 7 juin 1392, un colporteur se rendit auprès du roi de France pour lui racheter ses frontières. Comme le PIB du royaume était au plus bas, que les caisses étaient vides et que la dette explosait, le marché fut conclu au prix de cent ducats de l'époque, soit environ 27 euros. Le colporteur repartit avec les frontières de France, auxquelles s'ajoutèrent bientôt d'autres frontières de royaumes plus petits et plus pauvres. Il loua un garage abandonné pour les entreposer et mourut bientôt sans laisser de descendance. Ce n'est que tout récemment qu'un jeune artiste en quête d'atelier découvrit ce vieux stock de poussière et décida d'en faire quelque chose. Mais peut-on créer une œuvre d'art à partir des frontières?

 

 

4.

Tandis que vole en éclat chez les voisins du quatrième
Une assiette du 18ème siècle
Qui représente un paysan et sa charrue
Regardant les sillons tordus  
La radio diffuse un avant avant dernier tube
La mondialisation de la crise de l'Europe
Commence dans cette cuisine où les voisins se disputent
L'assiette du 18ème siècle se brise contre un micro-onde
Dont l'obsolescence est programmée
Ces deux-là n'ont rien compris à la banque d'escompte
Aux prises de position de l'Allemagne sur l'euro
« Sauver l'euro de notre couple si nous voulons rester ensemble » dit l'homme
« Je ne veux pas finir comme l'Espagne dans tes bras » dit la femme

Quand le tube de dentifrice se bouche
Est-ce la crise mondiale ou bien
La pâte
Faut-il changer de dentifrice ou
Changer de crise
Peut-on faire ce mouvement
Effectuer cette conversion
Quand on est habitué depuis si longtemps
À la mauvaise qualité de la pâte

 

 

5.

Aujourd'hui sans crise mondiale tu n'es rien
Tu n'existes pas aux yeux des autres
Si tu n'es pas porteur d'une petite crise permanente
Dont l'échelle est mondiale
On ne parlera jamais de toi dans les médias
La poésie te rejettera
Une crise toute personnelle à laquelle on ne comprend rien
Mais qui te permet d'échapper au tragique de l'effacement
Une crise faite pour durer
Qui génère de l'activité et du discours
Qui permet aux directeurs d'agir comme bon leur semble
Sans demander conseil à personne
Nul n'étant expert nul ne sera tenu pour responsable
Dieu n'intervient pas dans les affaires du monde
A moins qu'un homme ne se connecte avec insistance
Pour ébranler de Sa force le cours des choses
Pourtant c'est Lui l'unique expert
Celui auquel le paysan du18ème siècle demande
Pourquoi on brise son image en porcelaine
Contre un micro-onde bientôt démantelé en Afrique
Dans les faubourgs d'Accra

 

 

6.

Il n'y a pas de travail ici avant il y avait du travail maintenant il n'y a plus de travail il faut partir de ce village il faut chercher du travail ailleurs je suis né ici j'ai grandi ici mon père est né ici j'ai toujours habité ici mes oncles mes tantes tout le monde vit ici maintenant on ne peut pas rester dans ce village il n'y a pas de travail il faut chercher du travail ailleurs on ne peut pas gagner de l'argent je vais chercher du travail ailleurs quand j'aurai gagné assez d'argent j'enverrai tout l'argent à ma famille

 

 

7.

Dans son garage en ruine, l'artiste décida de teindre les frontières en indigo pour les unifier par la couleur. Ça ne marcha pas très bien: certaines frontières se sont dissoutes dans la préparation, d'autres ont gardé leur teinte d'origine. D'autres encore se sont ramollies à cause de la réaction.

 

 

8.

Berceau de la civilisation des sandwichs grecs
Dette colossale laissée au Parthénon
Salade Tomate Oignon (STO)
Service du travail obligatoire

Une fourchette atteint le bord de la table
Tous les i de l'Italie tremblent
La patte d'un ours révolutionnaire griffe l'Europe
Qu'est-ce que la peur sinon de l'autre

La Grèce au sens Péloponnèse au sens non gras
Entre le tissu et le corps gras
Entre les dents et l'estomac
Flux et reflux des capitaux

Une déesse émerge nue des flots
Ses cheveux noirs sur un lac vert
Je suis pour toi ce que jamais
Je ne désire savoir

La volonté de coudre plutôt que d'en
Découdre unir ou bien nous opposer
Les uns aux autres ou bien
Conjuger nos forces

 

 

9.

Toute ma famille est ici mes amis mes oncles mes tantes tout le monde vit ici je me dis parfois il vaut mieux que je reste je ne sais pas si je vais trouver du travail ailleurs il vaut mieux attendre ne pas bouger de ce village maintenant ce n'est pas possible de rester on ne peut pas gagner de l'argent on ne peut pas nourrir sa famille il faut quitter ce village je dois partir de ce village je ne veux pas monter dans le bateau mon oncle est mort sur le bateau il ne savait pas nager le passeur n'a rien fait pour le sauver il a pris tout son argent

 

 

10.

Sur les murs aveugles
Sur les cages d'ascenseur
Sur le parapet des ponts d'autoroute
Je tague ton nom Europe

Sur les rideaux métalliques des magasins
Sur les camions de livraison
Le long des voies de chemin de fer
Je tague ton nom Europe

Sur le mobilier urbain
Sur les wc publics Decaux
Sur le TER le RER sur tout moyen de transport
Je tague ton nom Europe

Avec des bombes qui n'explosent pas
Des fontaines de couleur pulsée
Argent fluo ou or
Je tague ton nom Europe

Je le tague avec la maladresse d'un débutant
Qui dirige mal le jet de couleur et commet
Quelques coulures sans gravité
Tandis qu'un voisin appelle les flics

 

 

11.

Dieu tout te ressemble
Tout est si différent de toi
Il faut du temps pour qu'à ta ressemblance
Nous soyons associés
Nos ongles rabotés
Et nos angles limés
Est-ce toi le père de l'Europe
Le père de nos frontières
Est-ce toi qui les amène à disparaître
Pour nous porter près des autres
Au-delà de nous-mêmes


L'artiste a été expulsé de son garage. Comme c'est un ami, je garde ses frontières en attendant qu'il trouve une solution. La nuit, je les entends qui remuent dans la douche. Certaines poussent de petits cris très étranges et très brefs, comme des chats pré-pubères, des canaris qui auraient perdu leur chant.

 

 

12.

France Belgique Autriche Luxembourg
Portugal Espagne Irlande Angleterre
Pays-Bas Danemark Estonie Lituanie
Lettonie Finlande Slovaquie Slovénie
Pologne Suède République Tchèque Espagne
Bulgarie Grèce Luxembourg Finlande
Portugal Chypre Slovaquie Malte
Italie Lettonie Hongrie Roumanie
Pays-Bas Danemark Estonie Lituanie Croatie

Certains pays figurent plusieurs fois sur cette liste des pays membres. Ce n'est pas grave, il y a de la place pour tout le monde. Il suffit de se serrer un peu, replier un bras, un membre. Faire une cure d'amaigrissement.

Le tourisme mental que provoquait la poésie désuette de la monnaie, juste avant l'euro.

Un soleil spécifique se reflétait sur les pièces de 100 lires. Les trois syllabes de pesetas, pour un voyage en Espagne sans jamais nous y rendre. Le shilling, vert comme un Loden, comme une culotte tyrolienne. Le franc, ludique, léger. Le deutsche mark, fidèle au poste.

Pour combien de temps encore les zlotys polonais seront associés à des femmes portant des robes longues et fleuries, d'amples ménagères fabriquant des gâteaux extrêmement copieux, dansant sur la place principale d'un village global, où un homme à la peau noire venu d'un pays où la terre est rouge, ayant dérivé de longs jours en radeau, en canot, en rafiot, en bateau, en cargo, en paquebot, chariot, chameau, traineau, bouricot, tacot, vélo, moto, auto, métro, s'éveille devant un guichet fermé et se demande s'il trouvera une place, quelque part en Europe, un matin du 21ème siècle.

 

 

 

Gilles Weinzaepflen - Paris - 30 Décembre 2012
 [en écho à]

 

 

 

 

Cécile Portier - Paris - 30 Décembre 2012
 [en écho à]

 

 

 

 

 

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Valentina Traïanova - Paris - 30 Décembre 2012
Buy Bad Boy - Antoine Dufeu
 [en écho à]

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Antoine Dufeu - Paris - 30 Décembre 2012
Éclat du sensible (# 8) - Christophe Manon
 [en écho à]

 

 

, c’est ici toutefois que le dispositif se déploie, laissant s’épanouir dans la lumière accrue des paradigmes dont l’inflexion est aussi délicate que le trait d’une virgule. Ce que nous partageons là, quoi qu’il puisse advenir, ne disparaîtra pas. Peut-être même que le style

est superflu dans un semblable cas. C’est une énergie dont l’instabilité, parfois, entrave notre amplitude et il se pourrait bien qu’elle se déchire

sous l’effet conjugué de nos plasticités. Je connais tes désirs comme tu connais les miens. Pourquoi, dis-moi,

puisqu’il en va de même, ne pas laisser leur urgence réguler notre comportement ? Ce soir encore

je goûte avec plaisir des produits illicites. Il en est dont les propriétés sur mon cerveau stimulent

les facultés grammaticales ainsi que ma rigueur topologique. Il me vient une sorte de musicalité dont la cadence mineure vibre à mon oreille inexplicablement. Sa mélodie est alors

requise par une série singulière d’injonctions qui la somme de révéler sa fréquence. Elle semble avoir un rythme qu’en d’autres circonstances

je ne lui connais pas. Je ne puis cependant m’y fier aveuglément et c’est au fond très peu que je concède à l’organisation

de son vocabulaire. Ce ne sont pas des voix
que j’entends mais bien le bruit du temps

qui soudain s’organise et pour autant que je sois réceptif, j’en perçois les violentes secousses comme des coups portés à mon intégrité. Et même

s’il peut m’arriver d’user de tels artifices, je reste vigilant et jamais je n’oublie quelle est leur vocation première. Mais je dois bien admettre qu’en terme de syntaxe,

l’afflux se fait plus librement
et le texte s’écoule
ainsi qu’un flot tranquille.
Comment veux-tu
que je n’insiste pas

quand dans un tel moment les proportions s’inversent et plus rien ne retient

le mouvement obstiné de la phrase ? La méthode a du bon quoiqu’elle comporte un indéniable risque de perte de contrôle et que je sois propulsé à très grande vitesse sur des corniches à pic où le vertige

en permanence menace de me faire culbuter. Dans une telle pratique, le physique aussi est à contribution. Il faut de l’endurance et presque

une condition d’athlète pour ne pas s’épuiser au-delà de ce que le corps est en mesure de tolérer. Tout cela je le sais et c’est pourquoi parfois

je me délasse à la façon d’un végétal après le passage tumultueux d’un orage. De la sorte, je reprends

force et ma vitalité s’amorce,

prête à recommencer le cycle et à prendre à nouveau la direction de crêtes d’où la vue dégagée offre à mes sens un panorama inédit. Mais lorsque tu caresses mon torse essoufflé ou lorsque tu m’enlaces, il se passe

un phénomène d’une telle intensité que je suis soulevé et je prends mon envol

vers des espaces situés bien au-delà du sol. Une fois de plus, c’est dans la descente que guette la menace et qu’avec prudence il faut que je manœuvre. De même, j’en ai la conviction, nos rêves se rejoignent la nuit

en un endroit secret et s’entretiennent en silence avant de s’effacer et de céder la place à d’autres accointances. Cependant ces élans

me paraissent souvent aussi inconsistants qu’une bulle

glissant sur la surface d’une onde agitée par la houle. Je voudrais leur donner un tour plus vigoureux, mais je bute et trébuche

et les mots que je t’adresse alors se dissolvent

dans l’air. Toutefois, mon esprit alerté par de soudaines décharges s’emballe et succombe à la violence

de pareils transports, tentant de saisir au passage de brèves intuitions dans une langue inédite et dotée d’un moteur

cylindrique à combustion interne. Par une suite chaotique d’accélération et de freinages, elle parvient au séjour précaire où la parole se matérialise en silence. Quel est cet impérieux besoin de rechercher toujours

dans les sphères lointaines une invisible trace de notre altérité ? Comme si désespérément nous tentions de flirter avec d’autres

espèces et de les rassembler sous le soleil abstrait de notre convoitise. N’est-ce là qu’un effet de notre démesure ou n’est-ce pas plutôt de nous-mêmes que nous sommes en quête ? C’est peut-être

que le lointain se tient dans la proximité et que ce qui diffère n’est souvent qu’un semblable qu’on n’identifie pas. Ainsi nos appareils dans leur complexité n’ont d’autre faculté que d’explorer le même. Au ciel

je ne vois rien qu’un bleu irréfutable ou bien le noir épais de la nuit qui s’allume. Point de grâce au-delà ni même le reflet d’un espoir insensé. Mais je ne souhaite pas pour l’instant

prolonger l’hypothèse, ayant le sentiment diffus de m’engager sur une voie qui n’offre pas d’issue. Trop souvent nous courrons après de vieilles lunes et des songes faciles et soudain

nous voilà dans l’impasse, buttant contre une invisible paroi. Car il ne suffit pas de tendre à exposer les faits pour trouver aussitôt matière

à les consolider. Ce soir,

je doute même de leur réalité et je peine à maintenir le cap que je m’étais fixé. Mais cela aussi

 

 

 

 

Christophe Manon - Paris - 30 Décembre 2012
Cornelius - Anne Kawala
 [en écho à] [un écho ici]

Anne Kawala - Paris - 5 Novembre 2012
Qui d'eux dans chaque voix - Maël Guesdon
 [en écho à]

 

Écoutes de "Cahier Biologiques : une partition" – Gilles Amalvi

 

 

 

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défile appuyée pour cela tant pli à soi des lignes creuses
inédite bouches éloignées suis poisson pas moins soudaine comme flux
mes ongles à jamais emportent au visible du monde si du soleil votre effet
sans cesse là d’images un silence vertige contre timbre d’elle
pas à pas ouvre le chant soulevant nos questions à venir

retourne et glisse du personnage le dépôt ni le jour passe d’une seconde
leurs ailes advenues dehors que clapotis peu moteurs dans sa lutte
va l’épaule nue pour force de pierre seul animal ça mange organique
quelqu’un vole aux limites ne suis : fragment relatif comme plein de vous
au temps des qui-cri à pli plats je ne sais l’absolu évanouisse où chercher
les masses en attendant

minuscules frappent du bec la vitre machine puis sec comme fond d’eau
ce que manifestent nos gestes d’une seconde dedans filent insectes et codes
mesures à voir hors cadre comme un chant si hors ne dépend
à l’origine ni disparus et remplacés que papillons sa tombe errante
des vers troubles que l’on tire toque de nuit rien omis en ce temps
les vois incessants à pourquoi l’origine ?

rien ne se souviendra

comme

en nous

les

si encore

maintenant

car à l’

c’est peut-être pour cela

du fait de leur place

le est une

le est un

l’

en continu

suis l’ de

suis une

suis à l’ d’un

toujours

par la

de temps à autre

 

 

 

Maël Guesdon - Paris - 23 Octobre 2012
 [en écho à]

Avec la voix de Siyoub Abdallah.

 

 

 

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Florence Girardeau - Paris - 25 Octobre 2012
Se combattre béton - Patrick Rimond
 [en écho à]

Patrick Rimond - Paris - 19 Octobre 2012
o ouvert - fermé - Lucie Taïeb
 [en écho à]

rewind //

il y a du sable sous tes ongles et sous tes ongles il y a sous tes ongles tes ongles il y a
du sable
il y a la mer sous ta peau et sous ta peau il y a étale et tumultueuse sous ta peau il y a
la mer
combien de grains me demandes-tu combien de grains pour le passage à la limite l’infini
problème
combien de grains combien de gouttes d’eau de pluie combien d’eau de sel de
larmes
pour le passage à la limite l’infini problème du trouble de la perception des grandeurs du
passage
combien de souffle de vie combien de sang et combien d’âme du passage à la vie à la
mort
il y a du sable sous tes ongles et sous tes ongles il n’y a plus sous tes ongles des souvenirs des jours heureux des larmes des caresses sur tes
cheveux
et la question l’infini problème du passage de la vie à la mort combien de grain de souffle de cheveux
combien ?

//

d’un corps à l’autre de chair de graisse de force vitale de souffle je ne sais pas comment quitte la vie un corps un souffle une force vitale on parle de « ses forces » on dit qu’elles décroissent on parle de faiblesse en réalité tout décroit et bientôt la main ne peut plus saisir la bouteille la porter à la bouche et bientôt c’est la
petite
cuiller que la main ne peut plus saisir et bientôt la main repose impuissante, figée dans une crispation sans prise sur le drap vert pâle de la chambre numérotée le souffle irrégulier et pourtant tu m’avais appris que lorsque vient le froid et s’empare de vos membres il ne faut pas se recroqueviller mais dégager les épaules et respirer profondément l’affronter pour se réchauffer les forces décroissent la vie s’écoule par une invisible et quitte le corps qu’elle avait jadis comme un fluide comme un sang je ne sais pas exactement où se situe ni la différence à l’œil nu entre un corps vivant et un corps je ne sais pas ce qui s’échappe ce qui s’écoule ce qui nous laisse ces forces cette force transmise ou usurpée ou insufflée

// amas d’atomes cartonné //
O ouvert – fermé.

 

Lucie Taïeb - Paris - 17 Octobre 2012

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