Taïeb Lucie

o ouvert - fermé - Lucie Taïeb
 [en écho à]

rewind //

il y a du sable sous tes ongles et sous tes ongles il y a sous tes ongles tes ongles il y a
du sable
il y a la mer sous ta peau et sous ta peau il y a étale et tumultueuse sous ta peau il y a
la mer
combien de grains me demandes-tu combien de grains pour le passage à la limite l’infini
problème
combien de grains combien de gouttes d’eau de pluie combien d’eau de sel de
larmes
pour le passage à la limite l’infini problème du trouble de la perception des grandeurs du
passage
combien de souffle de vie combien de sang et combien d’âme du passage à la vie à la
mort
il y a du sable sous tes ongles et sous tes ongles il n’y a plus sous tes ongles des souvenirs des jours heureux des larmes des caresses sur tes
cheveux
et la question l’infini problème du passage de la vie à la mort combien de grain de souffle de cheveux
combien ?

//

d’un corps à l’autre de chair de graisse de force vitale de souffle je ne sais pas comment quitte la vie un corps un souffle une force vitale on parle de « ses forces » on dit qu’elles décroissent on parle de faiblesse en réalité tout décroit et bientôt la main ne peut plus saisir la bouteille la porter à la bouche et bientôt c’est la
petite
cuiller que la main ne peut plus saisir et bientôt la main repose impuissante, figée dans une crispation sans prise sur le drap vert pâle de la chambre numérotée le souffle irrégulier et pourtant tu m’avais appris que lorsque vient le froid et s’empare de vos membres il ne faut pas se recroqueviller mais dégager les épaules et respirer profondément l’affronter pour se réchauffer les forces décroissent la vie s’écoule par une invisible et quitte le corps qu’elle avait jadis comme un fluide comme un sang je ne sais pas exactement où se situe ni la différence à l’œil nu entre un corps vivant et un corps je ne sais pas ce qui s’échappe ce qui s’écoule ce qui nous laisse ces forces cette force transmise ou usurpée ou insufflée

// amas d’atomes cartonné //
O ouvert – fermé.

 

Lucie Taïeb - Paris - 17 Octobre 2012
Les scènes idéales - Lucie Taïeb
 [en écho à]

 


Nous étions les adorateurs obscurs de la vérité

Quand ton cœur est plein, il déborde

Si ta race est déchue, il n’y en aura pas d’autre

Nous avions le regard brillant des fanatiques

Quand ta bouche est pleine elle déborde

Si tu es le dernier on t’enfermera seul

Nous déguisions notre cruauté

Si ta main est pleine, serre le poing

Ta descendance ne remontera pas le fleuve

Notre dévotion

Si mon poing est en sang ta mâchoire est en feu

Ne regarde jamais derrière toi

Notre cruauté

Quand  ton cœur est plein il explose

C’est par devant que viendra la mort

Nous aurions supplié la nuit et heurté nos genoux nus à la pierre la plus froide pour voir advenir en ce monde corrompu une parcelle de la vérité infinie qui submergeait nos sens

Si ta mémoire est pleine, les souvenirs envahissent ton corps,

virus malfaisant, et détraquent, lentement, sûrement, le

mécanisme intime de ta biologie ainsi

putain

se déploient les anomalies visibles et invisibles, ta cicatrisation

défectueuse la mauvaise circulation de ton sang l’odeur délétère de ta

bouche malgré une hygiène dentaire

putain

Par derrière la clarté d’une aube oubliée

irréprochable

explose

, je flotte

Nous aimerions tant que vous

Le monde autour de moi est flou

Si tu es le dernier ferme la porte avant de sortir

explose

la jouissance n’est pas une maladie

Putain : je

succombiez sans résistance aux pures blessures de la lumière

contagieuse

 

 

Lucie Taïeb - Paris - 16 Janvier 2012
La faille - Lucie Taïeb
 [en écho à et à]

j’aimerais pouvoir te dire que je n’entends que toi, que ta voix a occupé tout l’espace possible, qu’elle s’est rendue maîtresse de mon esprit, mais son chant n’a pas tenu : je n’entends plus ta voix, je ne me remémore même pas ta silhouette, je ne sais pas à quoi tu ressembles, ni si tu es seule ou seul ou deux ou plus encore, ta brève apparition me permet juste d’affirmer que tu existes ; elle a laissé, aussi, une autre forme de souvenir : j’entends derrière ta voix, je vois derrière ton ombre, une brèche dans le mur du fond, une blessure si profonde que je voudrais tendre ma main pour la panser, la recouvrir de mes lèvres et de mon corps entier pour la guérir, je n’ai pas ce pouvoir, j’entends la faille et tout me manque, je ne suis pas un remède ; je m’y abîme et m’en éloigne.

quand viendra notre heure, c’est mon poing tout entier qui, de la violence immense des impuissants, s’engouffrera dans la brèche, 

j’engagerai mon corps dans vos plaines

Lucie Taïeb - Paris - 2 Septembre 2010
Comme un con les mains vides - Lucie Taïeb
 [en écho à et à]

- tu saisis, la lucidité s’impose, lorsque tu desserres ton poing crispé :

dans ta main
il n’y a plus rien
dans ta main
il n’y a plus rien

ce que tu crois trouver
crois pouvoir garder pour toi
une fois passé par ta main, disparaît
fond jusqu’à dissolution
ta main ne tient plus rien
ne retrouve qu’elle
vide et souvent souillée
crois-moi
tu devrais faire l’économie de la main
faire entrer tout directement en toi
par tout ce que tu es
maintenant
dans l’immédiat où tu te perds
où tu ne retrouves
que toi
mais
alors
oui
cela revient au même :
ce que tu crois trouver
s’effondre à ton contact
et toi
tu te retrouves
et encore
comme un con, les mains vides,
les yeux comme deux ronds idiots
la bouche comme un rond idiot
et les mains, censées tenir ce qui t’aurait comblé
creuses et formant

zéro

- ce n’est pas l’insatisfaction, qui t’achève, mais l’ouverture exigée, par laquelle, échappée brusque, ce qui te remplit s’épuise
- c’est tout ce que je veux

Lucie Taïeb - Paris - 2 Septembre 2010