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Valentina Traïanova - Paris - 23 Septembre 2009
Last Song 2 - Valentina Traïanova
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Valentina Traïanova - Paris - 23 Septembre 2009
Fabrikasharia - Antoine Dufeu
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Chants de construction

Deuxième volume : Triomphes et défaites

 

SAISON 4. ESQUISSES D’UN JE (EXTRAITS)

 


Je m’appelle Platon.
Je suis Platon.

J’ai inventé Socrate
et Socrate m’a inventé.

Je suis Platon
et j’ai été esclave.
J’ai été libre et esclave
toujours libre,
parfois esclave.

Je suis Platon et
j’ai joué des concepts et métaphores :
que chacun en joue autant !
Je suis Platon
et aime aux points où j’ai aimé,
à ceux où je me suis battu
pour la liberté et l’égalité.

Je suis Platon ;
je change ou ne change plus.

 

 

_

 

Je suis et vis dans des mondes
aussi admirables
que n’importe quels autres.
J’aurais aimé vivre
l’époque de l’Homme de Néandertal
cheminée sur cheminée,
boîte de conserve contre décapsuleur,
ordinateur gonflé aux ondes télépathiques.

Je suis un homme
à cheval sur
le XXe et le XXIe siècle.

Je vis dans un pays :
la France.
J’aurais pu vivre
partout
ailleurs
sauf que je vis là,
en cette époque-ci.
Je vais et je viens.

Du travail, j’en ai :
mal payé, je suis exploité ;
il est absolument faux
que je puisse exercer
mon existence
comme je l’entends.

De l’amour ?
Enfin existant,
à 2
chaque jour
magnifique,
jouissif et multiple,
tel qu’un amour de tout temps :
je le tiens !
je ne vais pas le lâcher !

Une politique émancipatrice ?
Inutile de tourner
le couteau dans une plaie béante.

Une éthique ?
Je produis nettement plus
que je ne consomme,
démystifiant la moyenne
des morales matérialistes
jusqu’à aujourd’hui.
Je m’honore parfois de cette
simple et seule autonomie-là.
Je sais qu’il me faut commencer
et conçois mon être économique.

Je viens tout juste de naître.

 

 

_

 

Si une partie des êtres humains
s’emmerde
au lit de ses espoirs battus,
éteints les uns après les autres
jour après jour,
profondément affectée
par un demi sommeil enthuné ;
si les êtres humains
se satisfont du bourdonnement têtu
des rumeurs orchestrées
ou des diktats politiques
alors je suis autoproclamé
inhumain,
intégralement inhumain
de chaque zéro à
autant d’infinis requis
pour me différencier enfin
de la masse des actions monnayées
sans liberté.


Si les êtres humains
s’ennuient ensemble,
si certains ne supportent        pas les femmes
pas les hommes
pas les noirs
pas les enfants adoptés
pas les etc.
alors je ne suis pas humain, je suis inhumain,
je suis celui qui est humain contre les inhumains,
je suis celui qui d’un nous fait un je
et d’un je un nous
car nous sommes plein,
des milles et des cents,
en réalité des milliards
à en avoir assez,
marre,
basta,
prêts à coopérer
prêts à accepter et embrasser
nos différences
au quotidien de leurs joies et de leurs peines
au firmament des exceptions et des répétitions,
au fritage des luttes et des extases,
au multiplexage des récupérations et des recyclages,
de but en blanc.


Nous sommes partout dans le monde,
nous sommes du monde entier.

 

 

_

 

SAMEDI 4 FEVRIER 2006, IL EST 17H FRAPPANTES

Voilà ce qu’il y a et
Voilà ce qui se passe :
J’ai peur. J’ai peur de
Ce monde qui s’emballe
Ce seul monde-là, hagard et insouciant,
Il devient fou de haine, de haine,
De mépris et de dédain
A nous entraîner tous,
Les uns avec les autres, les uns ou les autres,
Les uns comme les autres, tous
Autant que nous sommes,
Dans son délire guerrier.
S’il s’agit de se battre
Nous choisirons notre camp
Portés par de grandes et belles idées.

 

 

_

 

C’est à même la rue,
dans les bars
ou sur quelque piste de danse,
schèmes de l’anonymat,
à la merci
des tout qui se prennent
pour
du rien inaccessible
que je flingue
trois ou quatre neurones
plus vite que de coutume
mais certainement pas
sur les scènes demeurées en lieu et place
des situations affligeantes,
garantes de l’ordre du moment.

Quelques chants de lutte
finiront bien par renaître
de nos cendres tourmentées.

 

 

_

 

Mon temps est de production,
de consommation et d’accumulation,
d’asservissement et de coupes sombres.
Mais mon temps est aussi de poésie,
d’émancipation et de lumières,
de singularités multiples,
à peine éveillées.
Mon temps est de présent et de demain ;
mon temps présent poésie.

 

 

_

 

??? est alternativement
L’ATONIE DU MONDE
et
LA TORPEUR DES MONDES,

toutes deux quasi parfaites,
vivaces et tenaces.

Interpellée par LE CIEL constatant sa solitude dépressive,
??? manifeste
un sursaut d’orgueil.

— Un jour l’espace mental deviendra celui
d’une humanité en marche
aussi vaste que possible
aussi vaste qu’effectif
aussi vaste qu’imaginable
puisant aux sources de l’infini banalisé
la motivation de ses puissances renouvelées
immortelles et inépuisables.

Un jour l’espace mental deviendra celui
d’une humanité en marche
aussi incommensurable
à l’état du monde actuel
que le sont les êtres humains à celui
de leur représentativité politique
abandonnée aux mains de nouveaux privilégiés
entièrement séparés des peuples.

 

 

_

 

Désormais, plus rien
ne m’est donné.
Désormais, je n’ai plus aucun
rapport aux mondes
prédéterminé.

L’univers existe et
je trouve les moyens de me réjouir
de mon existence concomitante.
Je le sais : l’un de nous deux
pourrait  ne plus exister
n’avoir jamais existé.

Désormais, la joie
qu’il y ait
quelque chose
plutôt que rien,
quelque chose en particulier,
m’est totalement et définitivement
étrangère.

Désormais nous serons
aussi présents que vivants
sans amour qu’avec amour,
sans univers qu’avec univers,
sans sujet qu’avec sujet,
sans rien qu’avec rien,
et ainsi de suite.

Désormais nous forgeons
notre propre connaissance
des mondes
dans lesquels nous existons
sans aucun doute.

Antoine Dufeu - Paris - 4 Juillet 2009
Nouveau modèle de société - David Christoffel
 [en écho à]

Un : Je ne crois. Absolument pas. Qu'il faudrait.
2 : Vous avez. Tout à fait raison. De ne pas.
Un : Cela dit. Cela n'empêche pas.
2 : J'entends bien. Sortir de mes gonds.
Un : Et manger de la viande.

Ils changent de place. Puis,

Un : La nuit suivante,
2 : Vous avez bien fait de partir.
Un : Non mais j'hallucine !
2 : Alors que. Je n'ai pas qu'ça à faire.

Ils changent de place. Puis, plus vite,

Un : Si j'étais une bougie.
2 : Gagner la tombola.
Un : Ce que j'aime dans les aspirateurs.
2 : Repasser sa chemise.
Un : Admirer le déroulement.
2 : Jouer du piano.
Un : Tout ça pas trop longtemps.
2 : Manger de la viande.

Ils changent de place. Puis, calmement,

2 : Je ne voudrais pas non plus.
Un : Vous faites comme vous voulez.
2 : Je préfère rester comme ça.
Un : Vous pouvez retirer votre chemise.
2 : De quand date votre excitation ?
Un : Enfin une question !! (1 temps)
Je ne vais pas dire que j'attendais.
Mais je pouvais pas faire plus
tant que c'n'était pas possible.
Et quand on comprend bien ça,
on peut s'apercevoir...
2 : J'adore quand vous dire « Deuxièmement »
Un : En quoi je ne voudrais
justement pas insister.
2 : Parce que vous préférez.
Un : Canaliser l'énergie.
2 : J'aime aussi. Sortir de mes gonds.
Un : Et manger de la viande.

Ils reprennent la voix du début.

Un : Et quand on comprend qu'une chose s'est passée,
on sait qu'il va falloir envisager qu'il puisse y avoir un moment,
on devrait pas nécessairement se mettre dans une position d'attente.
2 : Et c'est déjà tout c'qu'on peut faire à 2 ?!
Un : C'est toujours un peu réducteur bien sûr.
C'est-à-dire qu'après. Il y a la question des voyages.
2 : À quoi j'ai toujours pensé qu'il valait mieux
lui associer les troubles de renoncement.
Un : Ah !
2 : Oui.
Un : Bon.
2 : Voilà.
Un : Et ?
2 : On n'est pas obligé de rester debout.
Un : Il y en a qui n'se rendent pas compte qu'ils ont un corps.
2 : Il faut manger des légumes aussi.
Un : On voit bien l'genre de ceux à dire des choses comme ça.
2 : Tout cela qui n'oblige à rien.

Ils s'asseoient à moitié, plus vite,

Un : Je n'sais pas bien encore c'que j'veux.
2 : Il y a des machines qui font ça très bien.
Un : Voilà. C'est justement c'que j'voulais vous demander.
2 : En plus, on sait jamais c'qui peut arriver,
parce que ça augmente sans cesse.
Un : Et quand peut-on mieux apprécier
d'avoir de moins en moins l'temps, donc ?!
2 : C'est aussi tout l'avantage d'avoir une procédure.
Un : Sans pouvoir l'expliciter davantage.
2 : Regardez par ailleurs des paramètres que vous n'imaginez pas.
Un : C'est vrai, l'importance des protéines, je n'imaginais pas.
2 : Voyez au moins que 2
Un : moments de savoir tout c'qu'on
2 : Pouvait imaginer à parti de
Un : deux ne devraient pas être le seul
2 : paramètre et ne veut pas dire
Un : alimentation.

Arrivée triomphale d'Alimentation.

Al. : Justement, j'allais arriver.
2 : J'avais tout fait pour qu'il
Un : Bien.
Al. : Ah !
2 : Oui.
Un : Mais.

Un se lève et s'aligne à Al.

Un et Al. : De quoi Pas toi Iko Nawa Dis-donc En plus Gagner Tout plein J'ai pas Voulu Mytho Avec L'info D'hier Et puis Tu vois.
2 : Maintenant, je doute que la majorette y puisse grand-chose. (1 temps)
Ce n'est pas un sujet auquel je suis tout à fait insensible. (1 temps)
Je m'demande même si les gens qui aiment les chiens
ne sont pas plus en mesure de comprendre. (1 temps)
On peut aimer les majorettes et se trouver embarrasser avec ses sentiments.

David Christoffel - Paris - 12 Octobre 2010
Personne ne nous saura - Mathieu Brosseau
 [en écho à]

Il est de mise que si l’on s’en éloigne, la voiture prenant, la portière étant de mise, les clés permettent cet au delà musical que seul j’ignore. Tout le monde le sait, je suis le seul à me défaire d’un vide à reconstruire, pour cela, la musique, celle du cœur pointant, celle de la marche pointant, il est de mise que si l’on s’ignore, personne ne nous saura, pas même l’autre pour qui le devenir de soi n’est pas de mise. Pas de mise, on saura qui joue à la roulette russe. Le saura-t-on ? Ce qu’il faut de chimère pour faire du continu. Du contigu ? Les oreilles se collent. On ressent l’aspiration du vide, là où passe l’écho. On se méfie des autres. Celui-là, celui qui pousse, celui qui passe. On dira qu’il est mort-né. On dira qu’il ne figure pas dans le grand registre des hommes à reconstruire. Dans l’annuaire des morts-mots. Dira-t-on qu’il n’y a de noblesse qu’en déclinant l’offre de la charité ? La rimbaldienne, la vraie, celle qu’on ignore. Mais ce qui est en question, ce sont les clés, celles des autres, que tu accroches à ton trousseau, celui de vivre, car il faut bien un trousseau puissant pour constituer une marche à suivre. La voiture démarre, accélère, passe des vitesses, seule, l’homme n’y est pas ou peu. Il s’absente, il n’est guère présent. Il sent qu’il n’y aura pas de place pour lui, dans cette voiture, la place du mort à côté de lui , la place du mort, l’accéléré, la truie, sa femme, celle qu’il a abandonnée, avec ses enfants, la truie, la personne, celle qui dégoûte, la truie, celle qu’on égorge, la truie, la personne, la pluie celle qui teinte, celle qui meut, sans vouloir, qui tombe, sans savoir, la pluie, la personne et la musique fait sens dans cette certaine forme de colère. L’homme n’est que pulsation, c’est là toute l’intériorité de l’âme en suspens, l’homme n’est de mise que s’il se conquiert dans le trousseau, celui du vivre. La voiture file, s’arrête, la fenêtre s’ouvre, seule, une fois encore, seule, l’homme n’est qu’esprit, celui qui ne dit rien, pas un mot, sauf celui de l’ouverture, il a les clés, celles de vivre. Que faut-il d’autre qu’un trousseau pour vivre en deçà, en deçà de la vie, pour ouvrir les portes des corridors, des affects les plus marqués, l’homme n’est rien que cette parure, le vent contre le pare-brise, le vent est questionné, la réponse est donnée, l’homme sera seul : nulle part : il sera témoin, toujours de sa parure et pensera sa parure dans l’affect de voir, il est temps de se déshabiller, de sortir, pourtant il fait froid, j’imagine, de l’un à l’autre, personne ne te prêtera sa parure, même nourricière, même pour le plaisir de la charité, la charité est un leurre, personne n’aidera l’homme, il sera seul et descendra de la voiture, après le vent qu’il aura interrogé sur le pare-brise, il sera seul et le vent lui aura répondu qu’il n’existe aucune solitude, pas même la nuit, tout est en commun, le réseau, celui des âmes, ce qui prend forme, ce qui donne forme parmi les âmes et leur secret, ce chant est un secret, cette âme en secret découvre la multiplicité de ses interlocuteurs, ce qui fait secret, ce qui se donne en secret, dans l’ombre d’un couloir, il entrevoit la future, la proche, la poche du devenir, ce qui fait secret, ce qui secrète de l’absence, c’est-à-dire du vivre en boîte, t’as bien pris tes médicaments ? et le son intervient, et la musique intervient, après avoir fermé la porte, après l’arrivée, après la réponse faite par le vent, des pas sur l’herbe, il fait froid, il fait sourd, la musique du cœur rappelle que l’autre ne sert qu'à se comparer, qu’à comparer ce qui en soi, témoigne de l’autre et inversement, la musique du cœur réinvente la possibilité d’une solitude, elle l’imagine, le bruissement du pas sur la neige, ce plâtrement, cette décomposition du seul fait, de la seule alarme, de la vacuité d’un sens, d’un fait, de ce qui est donné, après la peur, l’existence, après la peur, l’existence, ce qui est donné, et ce que l’on perd, nous n’avons pas les outils pour voir, s’il en était, je serais voyant, l’aveuglement, la perte, le voir, la dissolution, ce qu’il m’est donné de vivre ou de ne pas vivre, la glaciale attitude du verbe dans le bocal, as-tu pris tes médicaments ? Ceux qui te font devenir, en blanc, dans le noir soleil de l’évanouissement, dans la pénombre, dans ce crépuscule urbain, faut-il ? Je répète, faut-il ? Avancer. Peut-être, la question du seul pour le seul, la question de la démarche froide de l’être en demeure et de ce qui le précède, il n’y a que peu de temps, tout cela aurait pu se produire ici ou ailleurs, surtout hier, avec l’autre, celui dont on se souvient et qui peuple notre rêve nocturne, le rémanent, le seul, endormi, l’homme rêve de l’homme qu’il était, c’est là : son seul rêve véritable, le reste n’est que vernis, ou peu, ou presque rien, ou anecdote de grand-mère, la nôtre, celle qui marchait sur l’herbe ou la neige quand nous étions enfants, car la réelle question est de connaître son seul rêve, celui qu’on met en commun, celui qui nous fait exister parmi les autres et leur rêve, le leur, leur plein de ce vide creux, ce concave, cette cave de l’être où tout se formule, même les sciences, même la mémoire, ce lieu des abîmes où tout se fragmente, des pas sur la neige, ce foisonnement lexical, la pâte-mot, l’horreur, celui qui découvre de la matière dans ces mains, celui-là crie, celui-là dit la pâte, comme on dirait la langue, dans un renversement, l’instrument de musique vibrant, bruissement, excitation du même sur soi, du soir sur le même, et sur l’herbe, la marche, seule, oui, seule, la marche qui nous rendait utile, car il faut être utile pour vivre ou plutôt pour revivre, c’est le fermé de l’époque, savoir si ce qui est dit l’est réellement, c’est une ontologie de la parole, avoir confiance en les signes, avoir conscience de l’absence de mélodie dans ce brouhaha, mélancolique, tu viens, j’ajoute un signe, tu viens vers moi, il paraît que tu as découvert qu’il n’y avait pas ou peu de raison d’être sinon de vivre , à l’instant, coincé par la peur, vivre comme peur, d’être ici, là, l’instrument ne dit rien d’autre que la main, sa volonté, s’il en est, les mots de la main, sa parfaite tonalité, tout bruit a un sens, celui de l’abandon, nous signons de notre chair l’absence de nos formes, il faut un taire pour faire une bouche, l’instrument de musique dit ce que nous avions à dire, dans l’espace du fermé, dans l’époque de l’intérieur, cette intériorité qui signe notre absence, le moteur, ce qui ne nous appartient pas, là sur la route, le bruit, je m’ignore, la porte s’ouvre, il me semble que c’était en rêve, il y a peu, les clés témoignent de mon existence, la porte se ferme, et le son me fait avancer sur les notes du passage, celles qui me mènent à mon enterrement, car ce dont je me souviens c’est de l’homme dans mon rêve, mon unique rêve, celui qui me signifie, musique d’un silence de marche, l’aigu de l’être en demeure, celui dont la porte claque et qui ne peut, n’arrive pas à sortir de lui pour aller saluer les autres, ceux qui forment le monde et les rêves qui les contiennent, l’instrument signifie son passage, sifflement de l’instrument, absence de pas, les pas ne sont plus signifiés, c’est la fin du lyrisme, il n’y a plus que de soi, l’expérimentation d’un cœur, juste ce qui le détermine, juste ce qui fait marche sur la terre, en mon absence, en l’absence de toute absence.

 

_

 

La route, la seule, personne qui absolument témoigne, ingurgite, des quantités d’alcool fort, du tracas, quoi, du plaisir pour l’autre, pour son père, mère, frère, qui a disparu, en hommage, quoi, à la famille du redressé, pour peine,

pour les infâmes, pour les dealers.

J’ai vu dans la ville un sujet qui m’intéressait.

Sa voiture musicalisait son appareil, ses dents vibraient, son chant parlait aux autres.

« Tic-tac » me prévint son médecin, je dois l’aider. Monsieur a une forte tendance
a se branler comme vache féminine.
Monsieur a cette facheuse tendance à se vendre à bas prix, pour peu qu’il existe.
Pour ceux qui l’existe.

« Tic-tac » me disait son médecin. Il apparaît qu’il finissait dans la gouttière.
Après avoir illustré ses larmes avec l’apparence de son sperme.

Monsieur a cette fâcheuse tendance à revandiquer ce qui n’existe pas comme si ce qui existait ne lui convenait pas. Il avait cette fâcheuse tendance, Monsieur. Il apparaît qu’il était psychiquement castré, comme vache docile.
Vociféra-t-il !

Sur la route, il dit : « tic-tac », comme si le temps lui était compté.

On croit rêver.

Nous croyons qu’il peut encore se déplacer, Monsieur, mais il n’en est rien, tant les médicaments lui ont donné de la graisse, comme vache engrossée.

Il ne peut que difficilement se déplacer, il observe sa maladie, de loin. Il regarde de près les sections qui lui restent à parcourir, sur la route, il ne peut pas bouger. Il ne fait que voir blanc, tout blanc, comme vache vacille.

C’est l’aveuglement qui veut ça.

J’ai vu dans la ville un sujet qui m’intéressait,

il me semble que c’était une vache.



Mathieu Brosseau - Paris - 5 Octobre 2010
Espèce d'origine ! - Jacques Demarcq
 [en écho à]

tu consommes pas
t’as pas d’auto
pas la télé
juste des visions
et trop de livres
qu’on voit jamais sur un parking

tu détestes les supermarchés
le commerce
l’économie dite de
tu marches pas
à l’idée de marner
tu fais du vélo en roue libre

attaché à la tâche pour t’acheter
de quoi exister
c’est pas ton truc
les machins remplaçables
pour oublier
que la mort est inusable

tu sommes personne
de s’intéresser à la tienne
pas comm
-unicatif-
icateur
t’es pas lyrique ni dictateur

t’es pas tout et t’as rien
même pas
trois paires de godasses
ni dix mille potes et putes
aux millions d’auditeurs
tu dis pas je vais vous dire

d’où tu viens peu t’importe
de ta vie tu fais rien
que t’amuser
à la vivre sans regarder
à la dépense
ce qui t’attend t’es pas pressé

t’es même
capable à présent
d’écrire des petits poèmes
de rien
pour en faire cadeau
présent aux amis

Jacques Demarcq - Paris - 23 Septembre 2010
Dialogismes - David Christoffel
 [en écho à]

– Vous pensez bien.
– Oh oui je pense.


Plus tard

– On aura pas fait beaucoup.
– C'est déjà quelque chose.
– Encore.


Plus tard

– Et vous ?
– J'aime mieux ça.
– Ça fait qu'on est à un drôle de moment.
– Vous qui vouliez justement examiner !
– Oui, c'est sans doute pas encore assez précis.
– Rien vous empêche de voir le bout.
– (plus fort)  Mais si ça peut être sexy de faire la mouche.


Scène 2

– Vous avez le document.
– Oui, mais ce n'est qu'une hypothèse.
– C'est très bien, je préfère quand c'est comme ça.
– Ah bon et ba alors, je pensais pas.
– Peut-être donc la preuve que vous étiez dans l'vrai.
– Oui, mais j'suis pas sûr que j'aimerais, si ça devait m'arriver, de rester dans l'vrai.
– C'est pas là que j'voulais forcément en venir.
– C'est pour ça que vous avez toujours préféré mes conclusions.
– Je pensais pas, c'est vrai, c'est peut-être pas faux.
– Donc, pour conclure, je dis : le verbe « viander ».


Scène 3

– Maintenant, je propose qu'on procède moins scientifiquement.
– De toute façon, on n'est pas obligé de conclure à chaque fois. Ce n'est jamais que votre deuxième hypothèse.
– Dans ces conditions, je propose qu'on dise que vous êtes l'élément mâle.
– Comme quoi on parle bien tous de la même chose.
– Alors qu'on devrait pas ! Quand on pense que le castré se voudrait universel dans sa volonté de féconder.
– Faut-il maintenant que je considère qu'on est en train de me disputer ?
– On ne peut pas dire que je suis paternaliste alors que je m'évertue à faire des provocations.
– Il y a plus de choses qui dépendent de l'alimentation qu'on ne peut croire.
– Si vous pensez qu'on vous en veut, c'est qu'vous prenez les choses dans l'mauvais sens.
– Les nourritures qui vous font du bien, dépendent donc surtout de l'opinion que vous vous en faites.
– On disait pas ça pour vous faire du mal.
– Ne pas se plier à des contraintes peut être fatal ou conduire à détourner les nouveaux procédés. Détecter les contraintes précédentes, ainsi de suite.


Scène U

– On voit que les questions de digestion ont pris une drôle d'importance aujourd'hui.
– J'étais allongé au moment où je m'suis posé la question.
– C'est pour ça que le divan est un contexte qui ne peut pas  apporter des solutions à tout l'monde.
– Il y a tout d'même des positions plus favorables quand on a mangé des choses difficiles à digérer.
– Par contre, l'estomac n'est pas le critère quand il faut voir les choses plus largement.
– Tout l'monde n'est pas aussi optimiste au moment de digérer.
– Quand je m'allonge, je n'suis pas toujours en train d'appliquer une méthode.
– D'autant que, si vous savez faire, ça change tout.
– Ce qui ne veut pas dire que je ne peux pas m'entendre avec les gens qui ont fini de manger.
– Alors que vous aimez bien critiquer les gens qui se sont levés avant d'avoir fini de digérer.
– C'est vrai qu'on ne va pas manifester l'estomac vide.


Scène X

– C'est-à-dire qu'après, c'est quand on pense à la suite qu'il va falloir faire une différence.
– Si on fait sans trop y penser, c'est toujours pareil. Mais si ça dépend des capacités, c'est pire.
– Alors là, on doit pouvoir imaginer des lois qui permettent même, des généralités sur les individus plus ou moins féroces.
– Ceux qui n'avaient pas pensé sont alors ceux qui préfèrent commencer par définir la férocité.
– À partir de là, on peut avoir des généralités individuelles pas du tout féroces.
– Ce sont souvent les mêmes que ceux qui sont doués et pires les uns par rapport aux autres.
– Et comme ils se multiplient, ils se pressent et se croient plus différents les uns que les autres, quitte à préférer s'abaisser pour le montrer.
– Et maintenant qu'ils sont beaucoup en bas, il se définissent énormément et peuvent se trouver féroces très différemment.
– ?!


Scène b1

– L'avantage, c'est qu'on peut se nourrir de ces diverses expériences.
– Ce n'était pas forcément fait pour ça, mais tant mieux si chacun ressort plus avancé. Ce n'est pas l'objet et les bienfaits ne sont pas tous inconséquents.
– On peut se demander qu'est-ce qui, à un moment donné, a pu les rendre décisifs.
– Alors qu'on peut aussi avoir une idée vague et mieux adaptée sans se demander.
– Parce que décisif ne veut pas toujours dire influent.
– Il n'y a qu'à voir comment le mâle s'est imposé. Tous leurs morts ne sont pas aussi attractifs. D'où la préférence pour les systèmes qui laissent le choix de la direction.
– On est plus heureux quand on arrive quelque part sans que la direction ait été bien convenu entre les participants.
– Les dispositions viscérales sont plus évolutives quand les environnements sont moins ergonomiques. Suffirait que le principe devienne décisionnel pour que le mâle couve par plaisir.

David Christoffel - Paris - 15 Septembre 2010
La faille - Lucie Taïeb
 [en écho à et à]

j’aimerais pouvoir te dire que je n’entends que toi, que ta voix a occupé tout l’espace possible, qu’elle s’est rendue maîtresse de mon esprit, mais son chant n’a pas tenu : je n’entends plus ta voix, je ne me remémore même pas ta silhouette, je ne sais pas à quoi tu ressembles, ni si tu es seule ou seul ou deux ou plus encore, ta brève apparition me permet juste d’affirmer que tu existes ; elle a laissé, aussi, une autre forme de souvenir : j’entends derrière ta voix, je vois derrière ton ombre, une brèche dans le mur du fond, une blessure si profonde que je voudrais tendre ma main pour la panser, la recouvrir de mes lèvres et de mon corps entier pour la guérir, je n’ai pas ce pouvoir, j’entends la faille et tout me manque, je ne suis pas un remède ; je m’y abîme et m’en éloigne.

quand viendra notre heure, c’est mon poing tout entier qui, de la violence immense des impuissants, s’engouffrera dans la brèche, 

j’engagerai mon corps dans vos plaines

Lucie Taïeb - Paris - 2 Septembre 2010
Comme un con les mains vides - Lucie Taïeb
 [en écho à et à]

- tu saisis, la lucidité s’impose, lorsque tu desserres ton poing crispé :

dans ta main
il n’y a plus rien
dans ta main
il n’y a plus rien

ce que tu crois trouver
crois pouvoir garder pour toi
une fois passé par ta main, disparaît
fond jusqu’à dissolution
ta main ne tient plus rien
ne retrouve qu’elle
vide et souvent souillée
crois-moi
tu devrais faire l’économie de la main
faire entrer tout directement en toi
par tout ce que tu es
maintenant
dans l’immédiat où tu te perds
où tu ne retrouves
que toi
mais
alors
oui
cela revient au même :
ce que tu crois trouver
s’effondre à ton contact
et toi
tu te retrouves
et encore
comme un con, les mains vides,
les yeux comme deux ronds idiots
la bouche comme un rond idiot
et les mains, censées tenir ce qui t’aurait comblé
creuses et formant

zéro

- ce n’est pas l’insatisfaction, qui t’achève, mais l’ouverture exigée, par laquelle, échappée brusque, ce qui te remplit s’épuise
- c’est tout ce que je veux

Lucie Taïeb - Paris - 2 Septembre 2010
Hasard me not - Patrick Rimond
 [en écho à]

Patrick Rimond - Paris - 17 Août 2010

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